jeudi 26 août 2010

Qu'est-ce que la beauté?

La beauté est un phénomène omniprésent dans l'histoire du monde. Difficilement explicable, la beauté attire, la beauté fascine. On l'a voit et la ressent chaque jour dans la nature, les arts, (l'architecture, la scuplture, la littérature, la musique, la danse, le cinéma...), les sciences... La beauté est présente dans une multitude de choses, on peut la voir dans la lumière, des sons, des odeurs, des couleurs, un sourire, une étreinte, un regard, l'innocence ou le rire d'un enfant, une profonde amitié, un amour inaltérable, un repas partagé, que sais-je encore dans un acte d'altruisme, de sacrifice, de compassion, de courage, dans la notion de devoir, de justice, dans la foi, une prière, un discours, le pardon d'une offense, dans le sport de haut-niveau avec l'abnégation et le dépassement de soi... Pourtant, malgré cette ubiquité foisonnante, on constate que la beauté avec un grand B reste insondable et insaisissable.

Qu’est-ce que la beauté ?

On parle de beauté lorsqu'une une chose que nous percevons nous procure une sensation de satisfaction, de plaisir, de bien être, d'admiration. La beauté, on l'a ressent, on l'exprime, on l'expose, on l'a transmet, nul besoin de l'expliquer. La beauté nous émeut, elle nous rend meilleur car elle nous rend sensible. 







Exemple de beauté

"Il vaut mieux ne pas dire certaines choses. Je crois que c'était quelque chose de si beau que ça ne peut pas s'exprimer avec des mots et c'est pour ça que votre coeur en souffre." Les Evadés (1994)





Andy Dufresne, l'un des prisonniers de Shawshank et héro du film décide pendant la brève absence d'un gardien de mettre "Les Noces de Figaro" de Mozart sur un tourne disque en le reliant au micro donnant sur tous les hauts-parleurs de la prison. Quitte à aller deux semaines en cellule d'isolement, il choisit de faire partager sa passion pour la musique classique et d'offrir cet instant de paix à tous les prisonniers de Shawshank.

Le caractère ambivalent de la beauté divise autant qu'il rassemble

Lorsque l’on demande aux gens ce qu'est la beauté, j'ai constaté que deux réponses étaient généralement données. La première réponse consiste à dire qu'une chose est trouvée belle parce qu’elle possède en elle certaines caractéristiques propres qui la rendent objectivement belle. Cette position part du principe que la beauté repose sur des critères purement objectifs, quantifiables et explicables. Si une chose est unanimement trouvée belle, cela ne peut s’expliquer que parce que cette chose est intrinsèquement agréable à nos sens et d’une façon si évidente, qu’il n’est pas possible de ne pas le voir. (Ex : "Les Noces de Figaro" de Mozart). La seconde réponse consiste à dire qu’il n’y a rien de plus subjectif que la beauté, que les jugements de goûts sont relatifs aux personnes, qu’une chose en elle-même n’est pas belle, mais qu’elle est dite belle parce qu’elle nous plait et qu’il est parfaitement possible que cette même chose déplaise à notre voisin. En d'autres termes, les goûts et les couleurs ne se discutent pas. Cette maxime est d'ailleurs souvent invoquée lorsque l’on constate un écart flagrant d’appréciation ou des avis contrastés envers une chose précise. Comme vous pouvez le constater, ces deux prédicats sont totalement opposés. Pourtant, l’un comme l’autre reposent sur des observations précises.
La beauté est-elle objective ou pure appréciation subjective ? Qu’en est-il au juste ?

1) La beauté se trouve dans des critères objectifs

On peut considérer qu’une personne ou une chose est belle parce qu’elle a en elle-même certaines caractéristiques objectives qui font qu’elle est belle et ce sans contestation possible. On parlera alors de beauté objective. Mais quelles sont ces qualités? Qu’est-ce qui rend une personne ou une chose belle à nos yeux? S’il s’agit de qualités objectives appartenant au sujet en question, elles doivent donc êtres observables et mesurables comme telles. Pour Platon, la beauté était une entité réelle qui existait indépendamment des mots, en elle-même et par elle-même. Pour lui, le beau revêtait quelque chose de transcendant, d'universel et d'absolu s'imposant immédiatement à l'homme. Socrate, maître de Platon, considérait qu'il fallait pouvoir distinguer des cas particuliers de beauté de l'idée de beauté elle-même, notion quant à elle beaucoup plus complexe.  Chez une personne, la beauté se retrouve communément dans plusieurs critères comme la symétrie du visage, la forme des éléments du visage (son ossature), l'harmonie et l'équilibre de ses formes, la force ou la douceur qui s'en dégage, l'éclat du sourire, le naturel, la fraîcheur, la clarté, l’expressivité ou l'intensité du regard, la forme des yeux, de la bouche, la morphologie, l'élégance de la silhouette, les proportions du corps, sa musculature ainsi que plusieurs autres caractéristiques physiques qui peuvent susciter en nous un sentiment d’admiration. 

Pour une chose, cela va passer par l’harmonie des formes, des couleurs, des matières, l’harmonie des parties par rapport au tout. Cette harmonie peut dépendre des proportions, de la symétrie... La symétrie est mathématique donc objective. On va opposer ces critères de beauté au difforme, à l’informe, au disproportionné, au démesuré, à l’inachevé, au déséquilibré… La beauté dite objective repose donc sur des critères rationnels, voir scientifiques (symétrie, suite de Fibonacci, nombre d'or...)  











L'idée de perfection 

Dans le langage courant, lorsque l'on parle d'une personne à la beauté vraisemblablement objective puisque communément admise, on dit souvent de cette dernière qu’elle est parfaite. "Cet homme est parfait, cette fille est parfaite, c’est la femme de mes rêves..." Pourtant la perfection n’est pas un absolu en soi, ni même l’absolu, elle est toujours relative à une fin, c’est-à-dire qu’elle est toujours liée à une fonction ou une utilité. Nul n’est parfait, mais la véritable signification du terme perfection veut dire en réalité, l’adaptation totale des éléments d’un être à l’accomplissement d’une fonction, d’une utilité ou bien à la satisfaction d’un besoin. Si une personne vous plaît et vous comble totalement alors vous pouvez en effet dire que vous la trouvez parfaite.

Les limites de cette théorie

Avec la théorie de la beauté objective, un problème de fond se pose. Si on ne peut définir la beauté que par des critères objectifs, on peut dès lors définir et décider ce qui doit plaire et ce qui doit déplaire ; ce qui conduit très rapidement pour une chose au dogmatisme esthétique et à l’académisme et envers un être humain au sectarisme, à la discrimination, au racisme et à l’intolérance la plus complète. De plus, cette définition de la beauté ne rend compte ni de la diversité des expériences esthétiques ni de la richesse observée de part le monde, c’est donc une vision réductrice et faussée de la réalité. Si cette beauté était inhérente aux êtres et aux choses, elle devrait être reconnue immédiatement par tous. Or avec cette théorie, la beauté a besoin souvent d’être mis en évidence par un discours et des justifications qui exposent les qualités objectives de l’objet lorsque celles-ci ne sautent pas aux yeux. D’après ce postulat, il est possible de rendre compte de la diversité des jugements de goûts en invoquant une éducation au beau. Cette éducation passerait par le fait d’apprendre à reconnaître dans les choses, les qualités qui les rendent belles par un certain nombre de savoirs sans lesquels il serait difficile de trouver une satisfaction à contempler certaines œuvres. En d’autre terme, le plaisir vient au spectateur parce qu'il a éduqué son goût pour le beau. L’ennui, c’est que même avec cette éducation au beau, quand elle a été donnée, ne suffit pas à mettre tout le monde d’accord. Picasso croyait fermement à l'éducation au beau, en voici la preuve par une anecdote amusante. Devant l'une de ses toiles une personne a un jour dit au peintre : "Je n'y comprends rien à votre oeuvre, c'est du chinois pour moi!" Ce à quoi Picasso a répondu : "Mais Madame, le chinois c'est comme tout cela s'apprend!" 


2) La beauté, c’est simplement ce qui me plait

Ici la beauté est présentée comme purement subjective. En optant pour cette thèse, on accepte le fait qu’il existe dans la nature une variété des jugements de goûts, qu’il n’est pas possible de réduire les individus, de les ranger dans des cases et les faire obéir aux canons de la beauté. L’art n’aurait d'ailleurs pas eu d’histoire si la beauté était objective! Comme disait Hume, la beauté n’est pas une qualité inhérente aux choses, elle est dans l’âme de celui qui les contemple et chaque âme voit une beauté différente. Cela signifie que la beauté n’est pas présente dans la chose, mais en nous, c’est-à-dire dans l’effet agréable qu’a la contemplation de cette chose sur nous-même. La beauté n’est plus alors cet ensemble de qualités objectives, mais un affect, un ressenti. Dire qu’une chose est belle est donc alors un abus de langage, elle n’est ni belle ni laide, elle est l’une ou l’autre pour quelqu’un et non en elle-même. On devrait donc dire que la chose nous plait, qu’elle nous procure une satisfaction, qu'on la trouve belle, mais que ce propos n’engage que nous.


Une preuve que l'éducation au beau n'est pas forcément vraie

L'extrait suivant est tiré de l'émission "Rendez-Vous en Terre Inconnue" diffusée sur France 2. Petit aparté pour dire que cette émission est pour moi la seule qui mérite que l'on s'achète une télé... Bref, la chanteuse Zazie est ici en Papouasie occidentale dans la tribu des Korowaï, peuple méconnu vivant dans les arbres au coeur de la jungle. Assise avec eux au coin du feu, elle décide de sortir sa petite guitare prénommée "Babe" et de leur jouer quelques airs de ses chansons qu'ils ne connaissent évidemment pas. Aucune membre de cette tribu n'a même ne serais-ce qu'entendu le son d'une guitare. Pourtant sans "éducation" au son de cet instrument et à celui de la langue française, un homme de la tribu se met à pleurer, profondément ému par Zazie et le son de son instrument à cordes.



Hormis la scène bouleversante de sincérité, on voit ici que "l'éducation" au beau ne tient pas puisque l'homme apprécie quelque chose qu'il entend pour la première fois, le sentiment du beau n'est donc pas un jugement de connaissance, il ne fait pas appel à sa mémoire. Pour trouver la musique belle, il n'a pas eu besoin de rapporter la représentation qu'il en a eu, de la vérifier ou de l'analyser, il l'a simplement écouté et ressenti. La vraie beauté se trouverait donc dans un jugement désintéressé et détaché de toutes analyses intellectuelles. Elle se ressentirait alors de manière spontanée et irréfléchie. Pourtant ce n'est pas si simple puisque l'homme explique ensuite que la chanson l'a ému car elle lui a rappelé son fils disparu, il y a donc une part de rationnel, de réflexion qu'elle soit voulue ou non. Comme disait Kant, la véritable beauté ne se trouve pas dans l'objet mais aux frontières de notre sensibilité et de notre raison.

Le goût : sensibilité ou raison?

La faculté de juger ce qui est beau ou non c'est le goût, il y a une différence entre le jugement objectif de connaissances (éducation au beau) et le jugement subjectif du goût. Le goût est une sensibilité immédiate, il ne s'apprend pas, il ne se commande pas, il ne se persuade pas. Qu'il s'agisse d'un mets dans notre assiette ou d'une musique que l'on écoute, nous savons immédiatement si cette chose nous plaît ou non. On aura beau forcer la personne, on ne pourra pas la convaincre d'aimer puisque l'on ne peut convaincre qu'avec des concepts, des justifications et des arguments rationnels. Or le goût fait appel à nos facultés sensibles et non pas à nos facultés intellectuels. C'est librement que je dis qu'une chose est belle alors qu'un concept, un jugement objectif me retient et m'enferme dans des normes.

Conclusion

Pour résumer, je dirais qu'il n'existe pas une grande beauté universelle si ce n'est la vie et le monde dans son ensemble. La vrai beauté c'est ce qui touche notre coeur, ce qui transperce notre âme, que l'on sache ou que l'on ignore pourquoi. Il est important de comprendre que j'ai essayé dans cet article d'aborder la notion de beauté dans son sens général. En tant que photographe, je trouvais intéressant d'aborder ce sujet car j'estime qu'il est important d'avoir une opinion solide et réfléchie sur la beauté, sur l'art, le goût, l'objectivité, la subjectivité. Une fois ces grandes notions déterminées, je pense que le chemin à parcourir pour un artiste est beaucoup plus clair. En revanche, j'ai beaucoup plus de questions sans réponse depuis l'écriture de cet article... Je reste cependant persuadé qu’il existe une beauté parfaite et infinie et que la beauté que nous voyons ici chaque jour n'est évidemment qu'une infime partie de la beauté divine et universelle. En observant attentivement le monde, on reconnaît que l’ordre général et l’harmonie de l’univers sont des évidences.  (Voir post suivant).

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