jeudi 19 juillet 2012

La nuit au cinéma


La nuit au cinéma

C'est généralement le seul moment dans un film où le spectateur est capable d'accepter des constructions de lumière un peu farfelu pour la simple et bonne raison qu'il est difficile pour les cinéastes de peindre la réalité de ce que voit l'homme une fois le soleil couché. En effet, malgré tous les projets technologiques, l'oeil humain voit beaucoup mieux les scènes de nuit que les meilleures caméras. Le spectateur accepte aussi de se laisser surprendre par des éclairages de nuit car une vision qui se bornerait à reproduire l'obscurité "totale" de la nuit n'aurait pas beaucoup d'intérêt. Premièrement les scènes ne seraient pas intéressantes en terme de rendu et deuxièmement le spectateur ne verrait plus rien. Il ne faut pas oublier qu'à la base les gens viennent au cinéma pour voir quelque chose, si tout le film se passer de nuit avec un traitement de nuit comme dans la réalité, le cinéma n'aura probablement plus le même nombre d'adeptes… Même de très bons films aux directions photographiques irréprochables peuvent repousser une petite partie du public s'ils se déroulent en grande partie de nuit (Ex : Les Batman)

La nuit au cinéma est souvent représentée par une dominante bleu sur l'image, pourtant dans la réalité la couleur dominante de la nuit c'est le gris.

Le directeur de photographie Renato Berta a dit un jour : "Dans les extérieurs nuit, les éclairages sont faits de telle manière qu'on sent la masse des projecteurs à quatre mètres derrière. C'est une image totalement reconstruite (factice). C'est du cinéma" (Cahiers du cinéma n°284). C'est un fait, on voit donc qu'éclairer de nuit en extérieur est un exercice beaucoup plus difficile et périlleux que d'éclairer de jour. Malgré cela, les directeurs photo ont trouvé plusieurs esthétiques qui inconsciemment mais couramment ont été admises par les spectateurs comme juste et plaisante :

True Grit 


La nuit classique 

- la lumière est justifiée par le clair de lune : Il n’y a donc qu’une seule source pour l’effet principal. Une source directe et puissante éclaire tout l'environnement. (souvent un HMI)


-la source de lumière principale doit être dirigée en clair obscur pour maintenir le visage dense et rappeler la sensation de perte de détail de la vision nocturne. L'idée c'est de se dire : on ne distingue pas parfaitement les personnages, tout n'est pas visible, c'est donc qu'il fait nuit.
- la couleur de cette source est bleue car culturellement la nuit éclairée par la lune est bleue. 
-l’image doit être très contrastée (ombres assez nettes) pour avoir des zones denses qui rappellent l’obscurité nocturne tout en ayant des brillances -













La nuit américaine 

C'est une technique cinématographique qui grâce à la sous-exposition d'un film additionné ou non à l'utilisation d'un filtre (bleu, magenta...) permet de tourner des scènes en plein jour tout en faisant croire au public que c'est la nuit. Après c'est une convention esthétique implicitement établie entre le cinéaste et le spectateur. Le spectateur n'est pas dupe et puis c'est plus ou moins bien fait selon les films. Contrairement à la nuit classique le ciel est lumineux La luminosité du ciel, les brillances et les reflets sur les choses et les visages,  la densité et la douceur des ombres. D'un point de vue économique c'est largement moins couteux de tourner en nuit américaine qu'avec une lourde production et des éclairages artificiels. 






Les réalisateurs que je préfère sont ceux qui ont le cran de tourner des scènes de nuit vraiment en pleine nuit avec quasiment aucun éclairage additionnel, je pense à Ridley Scott avec la magnifique scène d'ouverture de Robin des Bois où l'on peut voir des enfants courir en pleine nuit dans la forêt, c'est l'un des rares moments au cinéma où l'on a vraiment une impression de réalité par rapport à la nuit. Michael Mann avec le Dernier des Mohicans obtient également des rendus de scènes de nuits magnifiques. Après il faut garder à l'esprit que ces réalisateurs et leur équipe sont largement au dessus du niveau moyen des cinéastes lambda, ils ont également accès à des caméras beaucoup plus performantes grâce aux budgets conséquents d'Hollywood. Roger Deakins le directeur de photographie de Skyfall, le dernier James Bond, nous étonne avec une scène de nuit en Ecosse (fin du film). L'impression de réalisme et la maitrise de l'éclairage sont vraiment sidérant. On a totalement l'impression d'être dans la nuit noire. La lumière durant ses scènes est vraiment habillement amenée que ce soit par la présence du projecteur d'un hélicoptère ou encore par le feu de plusieurs explosions.    


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