mercredi 18 juillet 2012

Le réalisme de la lumière


Le réalisme de la lumière fait parti intégrante de la réflexion des chef opérateurs et des photographes. Certains choisissent de coller parfaitement à la réalité, d'autres choisissent d'en faire complètement abstraction, mais que l'on opte pour le réalisme ou pour quelque chose de plus onirique, cela devrait avoir à chaque fois un sens, un sens par rapport à l'histoire et un sens par rapport aux lieux dans lesquels l'histoire se déroule ; ce qui n'est pas toujours le cas (voir plus bas).

Un éclairage réaliste est un éclairage qui tente de reproduire le plus fidèlement possible les nuances de la lumière solaire et lunaire.

Un éclairage irréaliste est un éclairage qui n'est pas circonscrit à reproduire fidèlement la lumière du soleil.

Un éclairage irréaliste se manifeste de trois façons au cinéma ou en photographie : 
- par l'utilisation de sources multiples car en principe dans la nature, seul le soleil ou la lune vous éclairent (je ne compte pas les sources additionnelles comme les éléments qui reflètent ces lumières comme l'eau, le sol, les murs...)
- par l'utilisation de source de lumière colorées
- par l'utilisation d'une source anti-solaire naturelle ou artificielle, c'est à dire une source en dessous de l'horizon. 
A moins que vous ne vous appeliez Superman ou que vous admiriez un coucher de soleil depuis le haut de l'Everest, le soleil dans la nature ne vous éclairera jamais de dessous (sauf en cas de reflet) c'est donc un type de lumière plutôt inhabituelle. En source anti-solaire naturelle courante on peut avoir à faire à un feu de bois par exemple.

Eclairages irréalistes sans signification précise à l'histoire :

Le film Australia dont j'attendais beaucoup après avoir vu le travail du photographe de plateau de James Fisher  m'a au final beaucoup déçu. En effet ce tournage a utilisé à ma grande surprise beaucoup de lumières artificielles. L'Australie étant l'un des pays ayant la plus belle lumière naturelle au monde, (il suffit de voir le film l'Arbre avec Charlotte Gainsbourg) il est assez étonnant de découvrir que dans ce film, la plupart des scènes sont éclairées artificiellement. Des éclairages irréalistes sont utilisés en pleine journée, entre chien et loup (à la tombée de la nuit, ) et durant la nuit. Ajouté à cela beaucoup d'incrustations sur fond vert ce qui donne une très grande impression de fausseté, le film perd toute sa crédibilité. Même si l'histoire est belle, on a conscience tout le long que l'on est dans quelque chose de théâtrale et d'apprêter. Personnellement, j'ai eu clairement conscience en visionnant la plupart des plans de ce film qu'il s'agissait d'un tournage et cette sensation me déplait fortement. Ce n'est que mon avis mais le film aurait nettement gagné en authenticité et en puissance si le directeur photo avait utilisé l'Australie comme "personnage principal" avec sa lumière et ses couleurs si particulières. Les grands réalisateurs par le biais de leur directeur photo ce sont pour moi ceux qui arrivent à déceler tout le potentiel d'un lieu et d'exploiter toute la magie qu'il peut recéler. Je pense tout de suite à des réalisateurs comme Edward Zwick, Terrence Malick ou Zhang Yimou qui savent parfaitement tirer parti des paysages naturels et de leurs vastes et sublimes étendus.

Il suffit de comparer la différence d'impression que l'on a entre les images artificielles du film et les images naturelles. Voici les images artificielles du film (incrustations sur fond vert et éclairages artificiels) :



Voici les images tournées en environnement naturel, sans rajout de lumière artificielle :




En définitive, je ne comprends pas le délire esthétique du film Australia, plus de la moitié des scènes du film puent le fake... Pour moi tout le film aurait du être tourné dans un style naturel sans aucune incrustation fond vert et avec le moins d'éclairages artificiels possible. C'est exactement pareil que lorsque je vois des photographes de mode shooter des mannequins en Afrique ou sur les plages du Mexique par exemple en utilisant des flash électroniques… Quel est l'intérêt? Allo? Vous êtes dans les plus endroits du monde! Là où se trouve les plus belles lumières... Utiliser des éclairages irréalistes dans des environnements naturels relève pour moi de la bêtiseJe ne félicite donc pas le chef opérateur de ce film. La belle image n'est pas forcément la bonne image. Une image doit être avant tout juste et porteuse de sens. Elle doit être étroitement liée à la narration de l'histoire. 


Eclairages irréalistes avec une signification précise à l'histoire :

On peut très bien utiliser des éclairages irréalistes du moment que cela sert le propos du film. Voici ci-dessous 4 scènes à l'éclairage complètement surréaliste de la série TV Dexter. Contrairement au film Australia, on peut voir que le chef opérateur de Dexter, Romeo Tirone nous propose ici quelque chose d'intéressant! Ses choix sont clairement justifiés par rapport à l'univers de la série.

On voit dans la scène ci-dessous un personnage monter dans sa voiture. Au moment où il met le contact, une forte lumière rouge apparait en contre. Sur le moment on ne fait pas attention, on se dit que c'est peut être le reflet des feux de recul de la voiture, sauf que l'on voit dans le plan d'après que cet éclairage sert à mettre en lumière Dexter qui est caché derrière et qui le surprend en le strangulant.  Cette idée permet astucieusement de dissimuler le visage Dexter accentuant le coté terrifiant de la scène. La couleur rouge a bien entendu été choisi pour rappeler la couleur du sang. Même lorsque la scène continue sur route, on voit que cette lumière est toujours présente, elle n'était donc pas liée au parking. Lorsque la voiture s'arrête (image n°5) on voit encore clairement la présence de cette lumière rouge, pourtant dans les deux plans qui suivent la lumière rouge n'est plus présente. On voit clairement que l'éclairage de toute la scène est irrationnel et que par conséquent la scène n'est pas du tout réaliste. Le but de cette lumière? Montre le coté démoniaque et maléfique de Dexter!

Utiliser dans une scène une source de lumière qui n'a aucune justification logique par rapport à l'environnement filmé, c'est à dire une lumière qui clairement ne provient de nulle part est un pari généralement risqué ; tout d'abord parce que cela donne l'impression d'un manque de rigueur de la part du chef opérateur et cela confère au film un manque de crédibilité flagrant (comme dans Australia). Ici le directeur photo a pris cette liberté d'un éclairage irrationnel pour accentuer le coté dramatique et sadique de la scène. Le pari est réussi, on y ressent de la peur, de l'angoisse et de la tension. C'est souvent le cas dans cette série aux niveaux des éclairages, les émotions doivent primer sur la raison.





Toujours dans la même saison, on voit le maître et son disciple dans une église abandonnée. On constate tout d'abord ici un faux raccord de lumière. La lumière bleue très forte dans le plan rapproché est reléguée et devient presque inexistante sur le plan large et la faible lumière orangée que l'on voit sur le premier plan devient jaune or sur le second plan. Ensuite, la lumière bleutée est censée provenir de la lune, la lumière orangée du feu d'une vasque de feu présente sur l'autel ; en aucun cas ces sources devraient être aussi puissantes et aussi colorées. La lune n'éclaire pas du tout comme ça, de plus il fait nuit, pourquoi de la lumière provient de tous les vitraux? Encore une fois d'un point de vue technique c'est complètement irréaliste. Le directeur photo a ici choisi d'utiliser au maximum les couleurs et l'intensité des sources de lumière pour montrer tout le mysticisme de la scène. 





Dans le dernier épisode de la saison 4, on voit Dexter jeter un énième cadavre à la mer. Le ciel est à ce moment là d'un rouge sang, ce qui est complètement inconcevable dans la réalité, pourtant la scène fonctionne car l'ambiance proposée et appropriée à l'univers de la série.





Dans ce même épisode, on voit le tueur de la saison qui tente de s'enfuir par une nuit de pleine lune. On voit que ni la position, ni l'intensité, ni la couleur indigo de l'éclairage proposé ici n'est plausible ; Encore une fois, le directeur photo a fait ce choix pour souligner un climat de noirceur.






Deuxième épisode de la septième saison, on a encore un ciel rouge sang mais cette fois on a une lune carrément bleu canard. C'est tellement too-much mais ça passe, c'est là où c'est fort! A première vue on dirait un lampadaire mais en voyant la scène, on voit la différence de puissance et de couleur avec les lampadaires du parking, on en vient donc à se dire que c'est bel et bien la lune qui a cette taille, cette couleur et qui est aussi près de la terre. Pourtant cela ne choque pas, où ne choque plus, parce que depuis le début il y a une cohérence dans la directeur artistique choisie pour cette série. Le spectateur est inconsciemment mais pleinement rentré dans l'univers de noirceur de Dexter, c'est d'ailleurs surtout la nuit que les démons du personnage se manifestent ; avoir des lumières et des éclairages fantasmagoriques à un moment où le personnage semble "incontrôlable" nous apparaît comme cohérent. De plus, il ne faut pas oublier qu'il s'agit ici de Miami, ce n'est pas n'importe quelle ville, c'est une ville de fête et de couleurs, voir des lumières vives et flashies ce n'est pas si surprenant que ça... 











Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire